Dans ce rapport de mi-année, nous présentons six évolutions récentes du marché qui sont remarquables par leur capacité de faire accélérer les tendances notées dans le rapport de janvier 2014.

Bien que le rapport de janvier mette l’accent sur les possibles orientations stratégiques que pourrait considérer le FMC, nous voulons plutôt fournir ici un éclairage supplémentaire et une connaissance plus approfondie de certains sujets qui devraient demeurer sur l’écran radar du FMC. Comme toujours, nous considérerons les défis et les opportunités liés à l’évolution du marché qui touche l’industrie canadienne de la télévision et des médias numériques.

La technologie continue à évoluer vers des systèmes de diffusion plus puissants, des écrans de plus haute qualité et un nombre toujours croissant d’appareils branchés aux réseaux Internet résidentiels. Ces appareils facilitent la diffusion de contenus disponibles dans le monde entier et accessibles principalement par la diffusion en flux, complétée par des stratégies de visionnement ou de téléchargement à la carte.

Dans ce monde essentiellement à la demande, le comportement des utilisateurs reste caractérisé avant tout par le désir d’obtenir un contrôle, un choix et une mobilité accrus. De plus en plus, les habitudes de visionnement de l’auditoire seront orientées par des outils de recommandation (comme les médias sociaux et les algorithmes), la curation de contenus et les services d’autoagrégation.

Dans un tel contexte, il n’est pas étonnant que les plus récents documents (avril 2014) publiés par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) concernant l’analyse du cadre opérationnel de la télévision (« Parlons télé ») et des pratiques de l’industrie et des réglementations qui encadrent l’intégration des services de programmation (Décret C.P. 2013-1167) soulèvent la possibilité d’exiger que les EDR et les fournisseurs de services de programmation offrent aux Canadiens et aux Canadiennes des ensembles plus flexibles et personnalisables par l’utilisateur, tout en reconnaissant que les approches « à la demande » pourraient entraîner une diminution de la prévisibilité des revenus pour les EDR, une augmentation des tarifs d’abonnement sur une base de facturation à l’utilisation et, probablement, la disparition de certains services facultatifs.

Au cours des prochains mois, le dégroupage des services télévisuels sera le plus important défi pour les industries du câble, du satellite et de la télédiffusion en Amérique du Nord.

En Europe, ce n’est pas plus simple pour les décideurs et les gouvernements. Après plusieurs mois de négociations d’un règlement en matière d’« exception culturelle » (à savoir un ensemble de règles visant à protéger l’industrie cinématographique et télévisuelle française contre ses concurrents étrangers, y compris l’obligation de verser une partie des recettes en vue de contribuer au système), la direction de Netflix et le gouvernement français ne sont pas parvenus à une entente. Cette impasse n’empêchera toutefois pas Netflix de lancer son service de diffusion en contenu sur le marché français d’ici la fin de l’année en menant ses activités depuis le Luxembourg.

Ces transformations en cours viennent renforcer le scénario d’un marché audiovisuel qui sera bientôt entièrement en ligne et où les « joueurs traditionnels » de l’industrie de la télédiffusion (dans le monde entier) perdront : a) le contrôle de la curation de l’expérience télévisuelle; et b) l’exclusivité de la diffusion auprès des auditoires locaux. Il reste à voir si l’industrie canadienne de la télédiffusion parviendra à se positionner dans cet environnement ouvert et concurrentiel, ou si elle restera un joueur relativement mineur dans un monde audiovisuel ouvert, mondialisé et exclusivement en ligne.

Six tendances

Six évolutions récentes du marché sont présentées dans ce document :

  1. Le virtuel rejoint le réel;
  2. Les consommateurs veulent un accès illimité au contenu;
  3. Les productions originales viennent de partout;
  4. Les auditoires deviennent créateurs, investisseurs et diffuseurs;
  5. Le modèle de l’abonnement — s’inspirer de l’industrie de la musique;
  6. La nouvelle niche de marché est désormais le monde entier.